La violence psychologique expliquée par la psychologie légale
En consultation et dans le domaine judiciaire, une réalité difficile à nommer apparaît fréquemment : des personnes qui souffrent d'un profond malaise psychologique sans pouvoir identifier un coup, une blessure ou une preuve évidente.
Selon la psychologie légale, ce type de dommage a un nom et un cadre d'analyse : la violence psychologique.
L'absence de marques physiques ne signifie pas l'absence de violence. Cela signifie que le dommage se manifeste sur d'autres plans, moins visibles, mais tout aussi évaluables. Qu'est-ce que la violence psychologique (et ce qu'elle n'est pas)
La violence psychologique ne fait pas référence à des discussions ponctuelles ou à des conflits propres à toute relation. D'un point de vue technique, nous parlons de comportements répétés dans le temps qui ont pour objectif —explicite ou implicite— de contrôler, de dévaloriser ou de soumettre émotionnellement une autre personne.
Ce n'est pas un fait isolé, mais une dynamique relationnelle.
Certains de ces comportements sont :
Humiliations, critiques constantes ou dénigrements.
Contrôle excessif des décisions, du temps ou des relations.
Isolement progressif de l'environnement social.
Manipulation émotionnelle, culpabilisation ou invalidation.
Génération de peur, d'insécurité ou de dépendance.
Le dommage n'est pas dans une phrase concrète, mais dans la répétition et l'impact cumulatif.
Pourquoi de nombreuses personnes ne l'identifient pas comme de la violence
L'une des caractéristiques les plus complexes de la violence psychologique est son début progressif. Elle n'apparaît généralement pas de manière brusque, mais s'installe peu à peu, se normalisant dans la relation.
En psychologie, nous comprenons que face à un environnement relationnel nuisible, la personne développe des stratégies d'adaptation :
Minimiser ce qui se passe.
Justifier l'autre.
Assumer la culpabilité.
Douter de sa propre perception.
Ces réponses ne sont ni de la faiblesse ni un manque de jugement. Ce sont des tentatives de réguler le malaise et de préserver le lien.
L'impact psychologique : ce qui laisse des traces
Même s'il n'y a pas de lésions visibles, la violence psychologique produit des conséquences cliniques observables. Lors de l'évaluation psychologique et légale, sont explorés, entre autres aspects :
Anxiété persistante et état d'alerte constant.
Symptômes dépressifs et sensation d'inutilité.
Détérioration de l'estime de soi.
Difficultés à prendre des décisions.
Problèmes de sommeil, de concentration et de mémoire.
Peur anticipatoire et évitement.
Symptomatologie compatible avec un traumatisme psychologique.
Ces manifestations n'apparaissent pas de manière isolée, mais sont liées à une expérience relationnelle prolongée de dommage.
L'évaluation légale : rendre visible l'invisible
Le travail du psychologue légal ne consiste pas à “croire” ou “ne pas croire” un récit, mais à évaluer techniquement l'impact psychologique.
Pour cela, sont analysés :
La cohérence et la persistance du récit.
La congruence émotionnelle.
La compatibilité entre les faits narrés et la symptomatologie.
Le fonctionnement global de la personne avant et après la relation.
L'exclusion de l'exagération ou de la simulation au moyen d'outils spécifiques, le cas échéant.
L'objectif est de traduire la souffrance psychologique dans un langage compréhensible pour le domaine judiciaire, sans minimiser ni surdimensionner.
Violence psychologique et système judiciaire
La violence psychologique est légalement reconnue, bien que son approche reste complexe. Elle nécessite des rapports spécialisés qui expliquent comment certaines dynamiques relationnelles peuvent produire une atteinte réelle à l'intégrité psychologique, même en l'absence d'agressions physiques.
C'est pourquoi la psychologie légale remplit une fonction essentielle : apporter rigueur, contexte et explication clinique à des expériences qui ont longtemps été remises en question ou invisibilisées.
Pour conclure
Que le dommage ne soit pas visible ne le rend pas moins réel.
La violence psychologique laisse des traces profondes sur l'identité, l'estime de soi et la façon de se lier à soi-même et aux autres.
La nommer, la comprendre et l'évaluer avec rigueur est une forme de soin, mais aussi de justice.
Si vous avez le sentiment d'avoir vécu une situation similaire ou si vous avez besoin d'une évaluation professionnelle, la psychologie légale peut vous aider à comprendre, à organiser et à mettre des mots sur ce qui a été longtemps difficile à expliquer.
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